I
Source-Seine · Côte-d'Or
Sequana · Lutèce · Paris · Rouen · Le Havre
Histoire d'un fleuve, de la source à la mer
D'après Impression, soleil levant, Claude Monet, 1872
Prologue
Avant d'être un fleuve de capitale, la Seine fut une déesse. Les Gaulois l'appelaient Sequana et venaient, près de sa source, lui confier leurs prières sous la forme de petites figures de bois et de pierre. Les Romains y bâtirent un sanctuaire ; les Parisii s'installèrent sur une île en son milieu ; les bateliers en firent une fortune, les rois une frontière, les peintres une lumière.
Ce carnet suit son cours, de la combe bourguignonne où elle naît jusqu'à l'estuaire où elle se donne à la Manche.
I. Le cours
Dix étapes le long du fleuve. Choisissez un point sur la carte, ou suivez le courant.
I
Source-Seine · Côte-d'Or
II. Chronique
Au pied du mont Lassois, près de la haute Seine, une princesse celte est inhumée avec un cratère de bronze grec haut de 1,64 m. Le fleuve est déjà une route du commerce entre la Méditerranée et le Nord.
Plutôt que de livrer leur oppidum aux légions de Labienus, lieutenant de César, les Parisii incendient Lutèce et coupent ses ponts. Les Gaulois de Camulogène sont vaincus non loin du fleuve.
Sous Tibère, la corporation des bateliers — les nautae Parisiaci — dédie un pilier à Jupiter. Retrouvé en 1711 sous le chœur de Notre-Dame, c'est le plus ancien monument sculpté de Paris.

Leurs drakkars remontent le fleuve et pillent la ville le jour de Pâques. Charles le Chauve achète leur départ : sept mille livres d'argent.
Pendant près d'un an, le comte Eudes et l'évêque Gozlin tiennent l'île de la Cité face à des centaines de navires normands. La Seine est la porte du royaume.
Par le traité de Saint-Clair-sur-Epte, Charles le Simple cède au chef viking Rollon la basse vallée de la Seine.
Louis VII confirme les privilèges de la hanse parisienne des marchands de l'eau : le monopole du trafic sur le fleuve. De leur corporation naîtra la municipalité de Paris.
Le 30 mai, Jeanne d'Arc est brûlée vive. Ses cendres sont jetées dans la Seine.
François Ier fonde à l'embouchure un port neuf, ouvert sur la Manche et l'Atlantique.
Henri IV inaugure un pont sans maisons, bordé de trottoirs — une nouveauté. Il est aujourd'hui le plus ancien pont de Paris.
La dépouille de Napoléon remonte la Seine du Havre à Courbevoie, selon son vœu de reposer « sur les bords de la Seine ».
Le préfet Haussmann rend officielle la devise des bateliers : Fluctuat nec mergitur.
Monet expose un soleil orange sur le port du Havre, peint deux ans plus tôt. Un critique moqueur tire de son titre le nom d'un mouvement.
L'eau atteint 8,62 m au pont d'Austerlitz. Pendant des semaines, Paris circule en barque et sur des passerelles de planches.
Un arrêté préfectoral interdit de se baigner dans la Seine à Paris.
Les rives de la Seine, du pont de Sully au pont d'Iéna, sont inscrites au patrimoine mondial de l'UNESCO.
Pour la première fois, une cérémonie d'ouverture olympique quitte le stade : les délégations défilent en bateau sur six kilomètres de Seine.
Un siècle après l'interdiction, les Parisiens se baignent de nouveau dans le fleuve, sur des sites aménagés.
III. Paris
Fluctuat nec mergitur
« Il est battu par les flots, mais ne sombre pas. »
Le navire des armoiries de Paris est celui des marchands de l'eau, héritiers des nautes gallo-romains. Pendant des siècles, ce sont eux qui gouvernent la ville : leur prévôt siège sur la place de Grève, une berge de sable où l'on déchargeait le bois, le vin et le blé.
C'est là que les ouvriers sans travail venaient attendre l'embauche — d'où l'expression faire grève. La plage est devenue la place de l'Hôtel-de-Ville ; le navire, lui, flotte toujours sur le blason.
Commencé en 1578, achevé en 1607, le « pont neuf » est devenu le plus vieux de Paris. Ses demi-lunes accueillaient bateleurs, arracheurs de dents et marchands de chansons.
Depuis le XVIe siècle, des marchands de livres s'installent sur les quais. Leurs boîtes vertes, fixées au parapet, forment la plus grande librairie à ciel ouvert du monde.
Du pont National au pont du Garigliano, trente-sept ponts et passerelles enjambent le fleuve dans Paris. Pendant des siècles, il n'y en eut que deux : le Grand-Pont et le Petit-Pont, reliant l'île de la Cité aux deux rives.
IV. Les peintres
Quand la peinture sort de l'atelier, c'est au bord de la Seine qu'elle pose son chevalet. Argenteuil, Bougival, Chatou, Vétheuil, Giverny : entre 1870 et 1900, le fleuve devient le motif favori de l'impressionnisme.
V. Les crues
En janvier 1910, après des semaines de pluie, la Seine monte jusqu'à 8,62 m à l'échelle du pont d'Austerlitz. Les caves, le métro, la gare d'Orsay sont envahis ; on circule en barque rue de Rivoli et sur des passerelles de planches.
Les Parisiens, eux, mesurent le fleuve à la statue du zouave du pont de l'Alma : en 1910, l'eau lui arrivait aux épaules.
L'échelle d'Austerlitz
La crue de référence : Paris sous les eaux pendant près de deux mois.
VI. Paroles de Seine
Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu'il m'en souvienne
La joie venait toujours après la peine
Ma grande, ma seule, mon absorbante passion, pendant dix ans, ce fut la Seine.
Je désire que mes cendres reposent sur les bords de la Seine, au milieu de ce peuple français que j'ai tant aimé.
Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.